SEJ: Pour réveiller les mémoires - 06/2022

SEJ: Pour réveiller les mémoires

Depuis l’entrée en souveraineté, voici quarante-trois ans, la structure des finances cantonales jurassiennes s’est sensiblement modifiée. La vision étroite voulant que l’appareil étatique soit trop lourd ne s’appuie sur rien de concret. De plus, les efforts fournis par la fonction publique ne sont pas négligeables depuis près de trente ans. Petits rappels pour tenter de lutter contre la maladie d’Alzheimer politique.   

 

 

Lorsque l’on insiste avec lourdeur sur le poids que représentent les charges de personnel dans le budget cantonal, on constate en fait que même les responsables des finances feignent d’ignorer que si celles-ci ont atteint 55 % des charges réelles de fonctionnement en 1980, elles ne représentent plus que 33 % en 2021. Et encore faut-il préciser que les dépenses en lien avec la pandémie et les besoins en personnel pour la gérer ont fait remonter provisoirement cette proportion.

À l’inverse, le poids des subventions et des dédommagements a connu une évolution quasi similaire dans l’autre sens, passant de 31 % des charges de fonctionnement en 1979 à 55 % en 2021.

Si l’on compare l’évolution des charges brutes de fonctionnement en les répartissant en trois domaines, l’enseignement, la santé et le social, les autres tâches, là aussi on constate une modification fondamentale de la structure des dépenses. Si les autres tâches sont restées proportionnellement stables, passant de 37 % des charges brutes en 1979 à 32 % en 2021, il en va tout autrement pour la santé et le social cumulés. Ces deux domaines ensemble représentaient 22 % des charges brutes en 1979 pour atteindre désormais 43 %. Les dépenses pour l’enseignement, par contre, sont passées dans le même temps de 41 % à 26 %. Je ne peux m’empêcher en lisant ces chiffres de penser à la citation d’Abraham Lincoln disant « Si vous pensez que l’éducation coute trop cher, essayez l’ignorance ! ». Cela dit, il serait également faux d’envisager, en s’appuyant sur ces chiffres, de réduire les subventions et dédommagements et surtout les dépenses en matière de santé et d’aide sociale. Pour cette dernière, on a déjà fait l’exercice au niveau national dans les années 2000 en réduisant le niveau du minimum vital pour baisser les aides dans ce domaine. Il n’est pas question d’opposer l’enseignement à la santé ou aux obligations sociales que doivent assumer les collectivités vis-à-vis des plus défavorisé·es. Le rapport social récemment présenté par l’État impose même d’aller dans l’autre direction. Toujours en comparant les évolutions des chiffres des comptes cantonaux, intéressons-nous désormais à la composition des rentrées. Les revenus provenant des parts fédérales redistribuées aux cantons sont passés en quarante-trois ans de 10 % à 25 %. Une dépendance grandissante qui interpelle.

À contrario, les rentrées fiscales qui représentaient 57 % des revenus de fonctionnement en 1979 sont passées en 2021 en dessous de la barre des 40 %. La concurrence fiscale que se livrent les cantons est clairement dommageable pour un canton comme le Jura à l’assiette fiscale limitée.

Tout cela pour dire que la réflexion sur l’amélioration des finances cantonales ne peut se limiter à envisager de réduire les charges de fonctionnement de la fonction publique jurassienne. Et là encore, il vaut la peine de rappeler qu’elle est passée à la caisse plus d’une fois. En 1993 et les quatre années qui ont suivi par une ponction salariale que les syndicats avaient réussi à rendre progressive, ce qui a été refusé l’année passée par le Gouvernement. En 2008, parmi les ciquante-et-une mesures d’assainissement, certaines ont touché la fonction publique. Si l’administration est passée de 42 à 40 heures par semaine en en payant le prix en partie, parallèlement, une augmentation du temps de travail des enseignant·es de plus de 50 ans a été proposée. Sans rentrer dans les détails, le SEJ a imposé une autre formule que celle prévue initialement qui a rapporté davantage. Elle comportait surtout l’intérêt d’octroyer un temps de repos proportionnel au taux d’activité plutôt que d’accorder une augmentation de salaire si l’on est à temps partiel. Cette seconde solution a à nouveau été imposée dès 2015. Justement, cette année coïncide avec l’entrée en vigueur de l’inqualifiable OPTIMA, concocté en secret, sans aucune concertation avec les partenaires sociaux sciemment laissés à l’écart. Et enfin la réduction de l’échelle salariale sur la base d’une convention entre le Gouvernement et les syndicats, convention qui ne fut respectée que pour la baisse. Parallèlement, le renchérissement n’a jamais été accordé depuis.

Depuis l’année passée, car on oublie ces dégradations à répétition du statut des employé·es de l’État, on remet le couvert. Cette année, on a même décidé de créer des groupes de travail dans lesquels les syndicats n’étaient pas invités. Nous avons condamné fermement le procédé. Au moment où nous écrivons ces lignes, une ouverture semble se dessiner. Mais par expérience, nous nous méfions et espérons que ces rencontres ne soient pas des séances alibi.

 

Rémy Meury, secrétaire général du SEJ

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