Écoles suisses : vers la fin de la pénurie d’enseignant·es ?

Depuis plusieurs années, les écoles suisses sont touchées par une pénurie d’enseignant·es, due entre autres à l’augmentation rapide de la population dans certaines parties du pays. Ce phénomène est toujours en cours, mais les prévisions démographiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS), parues en 2025, montrent un changement de tendance qui pourrait avoir des conséquences délicates.

Le magazine Résonances, mensuel de l’école valaisanne, le relevait dans son numéro de décembre 2025 (page 4) :

En Suisse, tout comme dans l’Union européenne dans son ensemble, le taux de fécondité a nettement baissé ces dernières années. En conséquence, le nombre de naissances en Suisse a été, en 2024, de 10 % plus bas que ce qu’il était encore il y a 7 ou 8 ans.

Cette chute du nombre de naissances, qui n’est pas compensée par les flux migratoires, va entraîner rapidement des conséquences en cascade sur le système scolaire dans toute la Suisse.

Le nombre d’élèves du degré primaire, qui a été en croissance soutenue depuis plus de 10 ans (+14 % entre 2014 et 2024), devrait rapidement cesser de croître, puis pourrait diminuer de manière sensible (-7 % entre 2025 et 2034, soit une baisse de 52 000 élèves). Un recul du nombre d’élèves devrait être observé dans tous les cantons, avec toutefois des ampleurs très variables entre les cantons.

Le degré secondaire I devrait encore croître jusqu’en 2030, puis stagner jusque vers 2034 (+5 % entre 2025 et 2034, soit +13 000 élèves). Le post-obligatoire devrait pour sa part croître encore pendant la prochaine décennie.

De son côté, Économie Suisse notait dans un article le 17 octobre 2025 :

Selon de nouveaux scénarios de l’OFS, la pénurie d’enseignants devrait s’atténuer progressivement ces prochaines années. Au vu de la baisse marquée du taux de natalité, on s’attend à ce que, dans le primaire, le nombre d’élèves diminue de quelque 7 %, ou 52 000 enfants, entre 2027 et 2034. Dès lors, le besoin de nouveaux enseignants devrait également diminuer de quelque 40 % d’ici à 2034 aux alentours de 3200 personnes. À partir de 2032, l’offre d’enseignants nouvellement formés pourrait couvrir les besoins dans la plupart des régions.

Il faut noter que l’augmentation importante du nombre d’élèves scolarisé·es ces dernières années avait mis les écoles de plusieurs cantons sous forte pression. La nouvelle d’une décrue est donc plutôt positive, même si celle-ci se fera progressivement.

… et à Neuchâtel ?

Le canton de Neuchâtel a, pour sa part, une population très stable. Cela provoque, par effet de vieillissement de la population, une baisse légère mais continue du nombre d’élèves scolarisé·es. Les prévisions de l’OFS montrent que ceci devrait se poursuivre.

Gouverner, c’est prévoir, comme le dit le dicton. Notre HEP a donc mis sur pied un groupe de travail avec pour mandat de réfléchir aux besoins de nouveaux et nouvelles enseignant·es dans les écoles de l’espace BEJUNE pour les dix prochaines années. Les cantons et les écoles devront aussi en tenir compte dans la planification des réformes (maturité en quatre ans par exemple), dans l’engagement du personnel et dans la gestion des bâtiments scolaires (rénovations et constructions nouvelles).

Toutefois, si les statistiques sont efficaces dans certains domaines prévisibles (population résidente actuelle), elles peinent à anticiper les flux migratoires dus à des crises politiques (guerre en Ukraine …) ou économiques. Impossible de savoir ce qui se passera exactement ces prochaines années, dans un monde qui passe par une période de forte instabilité actuellement.

Dans ce contexte, quel est le rôle des syndicats d’enseignant·es ?

En priorité, nous devons rester informés de ce qui se passe et dialoguer régulièrement avec les autorités. Lorsque les tendances sont connues et les réflexions posées, il faut sensibiliser nos collègues et la population en général, puisque les décisions politiques ne peuvent prendre effet généralement que si elles sont assorties des moyens correspondants, lesquels sont accordés dans des budgets votés par la population et ses représentants (autorités communales et cantonales). Il est très important que dans toutes les décisions qui concernent l’école, les enseignant·es puissent faire entendre leur voix et faire connaitre les arguments concrets venant du terrain.

Nous devrons être particulièrement attentifs, dans une situation de baisse des effectifs scolaires, que les moyens alloués à l’école ne diminuent pas. Certes, certaines fermetures de classe sont inévitables en cas d’effectifs trop bas. Cela peut permettre de générer certaines économies. Mais dans bien d’autres domaines, les moyens actuels ne suffisent pas :

• Notre école est en déficit de professionnel·les formé·es dans certains secteurs (enseignement spécialisé et de l’allemand, PRIMA, besoins éducatifs des élèves, école à journée continue …). Si les classes disposent en général de titulaires formé·es, il est souvent difficile de trouver des personnes compétentes pour les remplacements, même de moyenne et longue durée.

• Les programmes et les objectifs scolaires sont régulièrement revus à la hausse, y compris avec l’ajout de nouvelles disciplines (éducation numérique par exemple). Or, la charge de travail actuelle ne laisse aux enseignant·es que trop peu de temps pour se former. La question des congés de formation devra un jour être envisagée.

• La recherche de solutions pour une école plus inclusive demande une réorganisation et du personnel supplémentaire (besoins éducatifs accrus, coenseignement, différenciation de l’enseignement, individualisation de certaines mesures …).

• Les taux d’encadrement actuels (nombre d’élèves par poste complet) sont relativement bons dans le canton de Neuchâtel, mais avec de grosses différences entre les trois cycles. Il faudra rapidement améliorer la situation, au cycle 1 en particulier.

Le SAEN souhaite s’engager dans cette réflexion et défendre les avis et opinions de ses membres avec ouverture et détermination !

Pierre-Alain Porret, président du SAEN