Une école en mouvement

L’année 2026 est déjà bien entamée. C’est l’occasion de rappeler deux événements syndicaux importants qui auront lieu en mai et en novembre. Le premier est habituel. Le second, plus rare, se tient en principe tous les cinq ans – exceptionnellement sept cette fois-ci, le dernier ayant eu lieu en 2019.

Le 21 mai prochain, l’assemblée générale du SEJ se tiendra à l’auditoire de la Division commerciale, à Delémont. À cette occasion, le comité central vous présentera le rapport d’activité annuel et vous informera des dossiers en cours. Ceux-ci sont nombreux et concernent des enjeux majeurs pour notre profession. Nous aurons également le plaisir de compter sur la présence du nouveau ministre en charge du Département de la formation, du numérique et des sports (DFNS).

Le 6 novembre se tiendra le Congrès quinquennal du SEJ. L’ensemble du corps enseignant jurassien ainsi que le corps estudiantin y seront invités. Plusieurs centaines de collègues se réuniront autour du thème « Évolution (in)contrôlée de la profession : doit-on la subir ou la prévenir ? » Cette question est aujourd’hui plus actuelle que jamais.

La société évolue rapidement, parfois de manière contradictoire. L’école, qui en est le reflet direct, est confrontée à ces tensions croissantes. Plusieurs enjeux en témoignent.

L’intégration scolaire, par exemple, représente à la fois une opportunité et un défi. La relation entre l’école et la famille oscille entre collaboration nécessaire et sources de tensions. Les objectifs scolaires, quant à eux, sont souvent ajustés dans l’urgence du quotidien des classes.

Ces évolutions mettent en lumière une difficulté majeure : nous poursuivons collectivement un objectif commun – le projet global de formation de l’élève – sans toujours disposer d’un cadre suffisamment coordonné ni de moyens efficients pour répondre aux multiples attentes de la société du XXIe siècle.

Dans ce contexte, la profession doit s’adapter à des exigences nombreuses, parfois contradictoires. Les enseignant·es sont appelé·es à faire preuve d’une grande autonomie, tout en répondant à des formes de contrôles pédagogique et administratif croissants. Les responsabilités augmentent, sans que les structures de soutien et de coordination suivent pleinement. La solitude professionnelle face à des situations de plus en plus complexes demeure une réalité encore trop peu reconnue.

Par ailleurs, la gestion de ces situations repose souvent sur des réponses locales, parfois improvisées et peu coordonnées. Cela peut entraîner une concentration des difficultés dans certaines classes et placer les enseignant·es sous forte pression. Cette surcharge oblige à faire des choix, parfois au détriment de certaines missions pédagogiques.

Nous parlons aujourd’hui beaucoup de climat scolaire. Sous ce terme se joue pourtant un enjeu fondamental : garantir un environnement qui permette à la fois les apprentissages et des relations sociales saines – conditions indispensables à l’exercice de notre métier.

Dès lors, une question centrale se pose : pouvons-nous encore répondre pleinement à toutes les attentes ? Peut-on à la fois assurer la transmission des savoirs, développer les compétences sociales, organiser des activités variées, prévenir les risques et sensibiliser aux grands enjeux de société ? 1

Face à cette réalité, il devient nécessaire de redéfinir collectivement les contours de notre mission. Cela implique de clarifier les priorités, d’adapter les moyens disponibles et de réaffirmer un principe fondamental : celui de l’égalité des chances. Cela suppose aussi de poser des limites claires aux missions confiées à l’école et de renforcer les cadres de coordination indispensables à leur mise en œuvre.

Aujourd’hui, l’école tente de concilier des attentes multiples, parfois opposées, dans un équilibre de plus en plus fragile. L’« évolution (in)contrôlée » de notre métier n’est pas le fruit du hasard : elle résulte d’une accumulation de missions, d’une individualisation croissante des responsabilités et de réponses souvent fragmentées.

Le problème ne réside pas dans l’engagement des enseignant·es, qui demeure fort. Il tient davantage à un système qui délègue toujours plus, sans se donner les moyens de coordonner un flux constant d’injonctions sociétales – souvent légitimes, mais qui, sans cadre clair, fragilisent l’institution scolaire. L’école ne peut pas tout absorber ; elle devrait aussi rester un lieu de décélération, au service de la réflexion et de la construction du sens.

L’allégorie du tailleur de pierre

On raconte qu’un passant interroge trois tailleurs de pierre. Le premier répond qu’il casse des cailloux ; le
deuxième, qu’il gagne sa vie ; le troisième, qu’il construit une cathédrale.

Aujourd’hui, face à la multiplication des tâches et à la fragmentation du métier, le risque est réel de perdre de vue cette cathédrale. Questionner le cadre, les limites et enjeux de notre profession, c’est précisément refuser de subir une évolution incontrôlée et choisir, ensemble, un cap. C’est dans cet esprit que nous vous invitons à participer à notre congrès et à réserver la date.

Christophe Girardin, secrétaire général du SEJ

1 Extrait des missions de l’enseignement primaire précisées lors des mises au concours