Je crois à l’école inclusive. Mais il faut oser parler de ses conditions de réussite. Entre l’ambition partagée et la réalité d’une classe, le décalage peut être important.
Je veux être clair : l’inclusion ne peut pas reposer sur les seules épaules des enseignant·es. Ils et elles font apprendre ensemble des élèves qui n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes rythmes. Ils différencient, adaptent, coordonnent — avec engagement. Mais cet engagement ne peut pas servir de variable d’ajustement à un système qui manque de ressources.
Être présent·e dans une classe ne signifie pas toujours y participer, y apprendre, y trouver sa place. L’inclusion se joue dans les apprentissages et les relations entre élèves.
L’inclusion est un choix de société. Sa réussite dépend des autorités cantonales, qui fixent les conditions cadres et allouent les moyens. Les déclarations de principe doivent devenir des mesures concrètes, durables et évaluées. Changer de paradigme, c’est soutenir la classe dans sa globalité plutôt que multiplier les réponses individuelles : réduire les effectifs, développer le coenseignement, renforcer l’enseignement spécialisé.
Je me méfie d’une inclusion qui transforme un idéal partagé en injonction : accueillir davantage, différencier mieux, individualiser plus… avec toujours les mêmes moyens. L’inclusion ne doit pas devenir une performance individuelle.
La véritable école inclusive n’est pas celle qui prétend effacer les différences, mais celle qui refuse que la différence détermine la place d’un·e élève. C’est cette école que je défends : une école qui accueille, qui exige, qui accompagne. Et qui donne aux enseignant·es les moyens de faire réellement leur métier.
David Rey, président du SER