Cin'école: «Ma famille afghane» - 05/2022

Cin'école: «Ma famille afghane»

Ma famille afghane (My sunny Maad) ou le déracinement culturel d’une femme tchèque en terre afghane

 

Entretien avec Michaela Pavlátová, réalisatrice de «Ma famille afghane».

 

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter Freshta de Petra Procházkova ?

 

Pour moi, le roman de Petra Procházková est une œuvre extraordinaire et profondément humaine où l’auteur, en s’inspirant de son propre parcours, a su transposer, avec un regard empreint d’une incroyable empathie, les efforts des femmes afghanes pour vivre libres dans l’Afghanistan post-Talibans. Je condamne, tout comme Petra, les violences infligées aux femmes derrière les murs de leurs foyers et toute violation de leurs droits. Cette situation initiale des femmes afghanes décrite dans le roman me met mal à l’aise, en tant qu’européenne, et me semble inacceptable et condamnable. Grâce à son regard singulier, Petra envisage ce monde de l’intérieur et témoigne d’une sensibilité palpable. Il s’agit d’êtres humains, de chair et de sang, tous différents et singuliers, qui vivent en Afghanistan. Même dans un enfer aussi banal soit-il, les femmes peuvent vivre un véritable et grand amour, de petites joies et de grands chagrins qui méritent notre attention. Petra aime ses héroïnes et les comprend, même lorsqu’elles sont dans des situations qu’elle désapprouve. Elle comprend ces femmes, celles qui se battent comme celles qui se soumettent. Elle sait aussi plonger dans l’âme des personnages masculins, cerner leur comportement « machiste » et leur capacité à aimer et à pleurer. On peut condamner une société, dont la religion et la politique diffèrent des nôtres, et dont le comportement des individus et des groupes s’éloigne de notre modèle, mais dès lors qu’on s’intéresse à l’âme des êtres humains, à leurs relations familiales et à leur quotidien, on comprend mieux leurs différences. La protagoniste, forte et ambigüe, m’intéresse énormément. C’est essentiellement pour elle que j’ai choisi de raconter l’histoire de Ma Famille Afghane. Il s’agit d’Herra, femme européenne, qui s’installe à Kaboul par amour.

 

Comment pourriez-vous la décrire ? Et qui sont les membres de sa nouvelle famille ?

 

Notre protagoniste, Herra, qui est européenne en effet, a choisi de suivre l’homme qu’elle aime, Nazir, qui est afghan, et d’aller vivre avec lui à Kaboul, son environnement familier. Ce n’est pas facile pour elle d’accepter les privations de liberté qui pèsent sur les femmes à Kaboul, et elle a du mal à s’habituer à la jalousie dont elle fait l’objet et à la manière dont elle – et les femmes en général – sont traitées par les hommes. Au sein de la famille, néanmoins, elle trouve la force d’aller de l’avant grâce à son amour pour Nazir, au grand-père bienveillant, et à sa volonté de venir en aide à sa belle-sœur, victime de mauvais traitements. Herra est stérile, et c’est donc un changement inattendu pour elle, comme pour la famille, lorsqu’elle décide, avec Nazir, d’adopter Maad, enfant handicapé : avec son humour, ses propos d’adulte et ses bêtises hors normes, celui-ci remet en question les conventions familiales et fait avancer l’intrigue. La grande force du récit repose sur un humour tendre et un sens de l’observation du quotidien de la famille. Ma Famille Afghane est une histoire universelle parlant de couples, d’amants et d’amis, tous en quête de bonheur et de reconnaissance, face à des événements inattendus qui se déroulent autour d’eux. À travers le regard d’une femme tchèque, Herra, notre héroïne, le film évoque différents points de vue sur le monde dans un pays déchiré par la guerre.

 

Comment avez-vous mis à profit les possibilités qu’offre l’animation pour transmettre les émotions, la peur et, surtout, l’humour dans un film stylisé sur le plan visuel, musical et sonore ?

 

L’animation s’est imposée à mes yeux pour ce projet. Je développe un graphisme et un style d’animation qui permettent au spectateur d’être au plus près des personnages et de leur milieu, de les comprendre et même de partager leur quotidien. Grâce l’animation, il était également possible de saisir des émotions fortes et l’humour doux-amer du récit. L’animation rend l’histoire plus accessible et plus limpide. Dans le même temps, l’élégance des images, la possibilité de dépouiller les plans et d’aller à l’essentiel ont resserré l’intrigue et donné plus de force aux situations les plus cruciales. Je n’ai pas cherché à styliser l’image outre-mesure, comme l’animation peut y inciter, mais j’ai utilisé les outils de ce moyen d’expression de manière naturelle, toujours au service de l’atmosphère et du récit. Je ne voulais surtout pas mettre en avant l’esthétique, mais, bien au contraire, faire en sorte que le spectateur oublie la forme pour s’attacher à l’histoire et aux personnages. •

 

Source : dossier de presse du film, mis à disposition par Eric Bouzigon de Filmsuite

 


« Cinéculture – cinéma pour l’école » est basée à Lausanne. Toutefois, son offre de films s’adresse à l’ensemble des établissements scolaires de niveaux primaire, secondaire 1 et secondaire 2 en Suisse romande. Les projections sont organisées dans les cinémas partenaires de « Cinéculture – cinéma pour l’école » également dans toute la Suisse romande. Pour plus d’information : https://cineculture.ch/. Si vous êtes intéressé·e par une séance organisée sur mesure pour vous et vos classes, veuillez contacter : « Cinéculture – cinéma pour l’école » à l’adresse : info@cineculture.ch 

 

Les numéros complets de la revue, les dossiers pédagogiques et les articles qui les constituent peuvent être consultés par les abonné·es connecté·es.
Faute d’abonnement, il est possible de les obtenir au format PDF. [Numéro ou Dossier : 11 CHF; Article : 2 CHF.]
Si disponibles, des éditions imprimées des numéros de la revue peuvent être commandées à secretariat@revue-educateur.net.

S'abonner Accéder au numéro complet

SER

Secrétariat du SER

Lundi, mardi, jeudi, de 08h00 à 16h30 et mercredi matin CP 416 / Av. de la Gare 40 1920 Martigny 1 Tél : 027 / 723 59 60

ser@le-ser.ch

CONTACTS

Bureau du comité du SER

David Rey, président Tél : 079 / 371 69 74

d.rey@le-ser.ch

Olivier Solioz, vice-président

o.solioz@le-ser.ch

Pierre-Alain Porret, SG nommé

p-a.porret@le-ser.ch

Administration

Véronique Jacquier Darbellay

v.jacquier@le-ser.ch

Educateur

Bureaux

Educateur CP 416 Av. de la Gare 40 1920 Martigny 1 Tél : 027 / 723 58 80

secretariat@revue-educateur.net

Rédactrice en chef

Nicole Rohrbach Tél : 078 / 742 26 34

redaction@revue-educateur.net

Prépresse et régie publicitaire

Sylvie Malogorski Défago Tél : 027 / 565 58 43

communication@revue-educateur.net