Après vingt ans passés dans une salle de classe, une chose est devenue évidente : l’école n’est jamais figée. Elle évolue avec la société, parfois plus lentement qu’on ne le souhaiterait, parfois plus vite que ce que les moyens permettent réellement d’absorber. Dans ce contexte, la tentation est grande de regarder en arrière et de se demander si l’école d’« avant » — celle que beaucoup ont connue et qui a, à sa manière, fonctionné — ne détiendrait pas certaines réponses aux difficultés actuelles.
Il serait malhonnête de nier que l’école dite de « grand-papa » avait des forces. Des structures claires, des rôles bien définis, une autorité peu contestée, des attentes explicites. Pour de nombreux élèves, ce cadre offrait une sécurité et une lisibilité qui facilitaient les apprentissages.
Mais la question centrale demeure : cette école fonctionnait-elle parce que ses recettes étaient meilleures, ou parce qu’elle évoluait dans un contexte profondément différent du nôtre ? Les classes étaient plus homogènes, les parcours de vie plus prévisibles, les exigences sociales envers l’école plus limitées. L’institution scolaire n’était pas sommée de compenser autant d’inégalités, de répondre à autant de missions éducatives, sociales et parfois même thérapeutiques.
Aujourd’hui, l’école accueille une diversité d’élèves sans précédent. Les rythmes d’apprentissage, les langues, les réalités familiales et sociales se sont complexifiés. Les enseignant·es ne transmettent plus seulement des savoirs : ils et elles différencient, accompagnent, collaborent. Peut-on réellement penser que des solutions conçues pour un autre temps suffiraient à répondre à cette réalité ?
La question n’est donc pas de rejeter en bloc l’école d’hier, et encore moins de l’ériger en modèle absolu. Elle est de savoir ce que nous en retenons, et surtout ce que nous oublions parfois dans ce regard nostalgique. Revenir à plus de clarté, de stabilité ou de cohérence peut être une piste.
L’expérience du terrain montre que les difficultés actuelles de l’école ne proviennent pas d’un manque d’engagement ou de compétences des enseignant·es, mais d’un décalage croissant entre les missions confiées à l’école et les moyens qui lui sont accordés. Aucun modèle pédagogique, ancien ou nouveau, ne peut fonctionner durablement sans conditions-cadres solides, du temps, du soutien et de la confiance.
Plutôt que de chercher des recettes toutes faites dans le passé, peut-être gagnerions-nous à poser une autre question : quelle école voulons-nous aujourd’hui, pour quel·les élèves, et avec quels moyens ? C’est sans doute dans cette réflexion collective, ancrée dans la réalité du terrain, que se trouvent les réponses les plus fécondes.
David Rey, président du SER