Plein écran - 4/2022

Plein écran

Enfances de cinéma

 

Invitations offertes !

10 invit' offertes respectivement pour Ma Famille afghane (First Hand Films)), Les Intranquilles et Un Monde (Outside-the-box), Hit the road (Filmcoopi), Yuni (trigon-film) et 5 invitations pour The Duke (Pathé-Films),  L’Ami, portrait de Mix et Remix (Agora-Films).

Expédier nom, prénom et adresse postale à secretariat@revue-educateur.net en indiquant l’objet du désir.

 

 

1

 

Ce qui se joue dans une cour d’école

Nora entre en pleurs à l’école primaire. Tout au long du film (73mn), la caméra porte le point de vue de la fillette. Les adultes sont présents hors champ ou vus d’en bas. Une plongée immersive saisissante dans la cour d’école, au cœur d’enjeux d’émancipation, d’amitiés mais aussi d’exclusion et de harcèlement. Nora est témoin de bizutages brutaux infligés à son frère Abel (10 ans). Grâce à l’écoute bienveillante de sa maitresse, Nora saura poser le geste juste pour sortir Abel de la spirale destructrice. Avec ce poignant premier film, Laura Wandel éclaire les mécanismes de domination à l’école, salutaire autant pour les adultes que pour les élèves dès la 8P. Meilleure réalisation, Magritte 2022 (Césars belges).

Un Monde, Laura Wandel, 2022, Belgique. Aux cinémas dès le 27 avril.

 

 

2

 

Un roadmovie au tempo sémillant

La langue bien pendue, un enfant de 8 ans ravive un espoir tout printanier par ses facéties et ses chants lors de ce périple en voiture dans cette région reculée de l’Iran. Un roadmovie enjoué en contre-point de la mélancolie automnale qui saisit ses parents et son frère ainé au fil des kilomètres. Le réalisateur tisse et délie des nœuds narratifs au plus grand bonheur du spectateur totalement impliqué dans le mystère de ces motifs familiaux. La musique pop d’avant la révolution islamique enivre ce premier film des plus captivants. Meilleur film, Festivals de Singapour, Londres et Mar del Plata 2021.

Hit the road, Panah Panahi, Iran, 2022. Aux cinémas dès le 27 avril.

 

 

3

 

Duo solidaire contre l’intolérance

Helena, jeune étudiante pragoise, s’envole à Kaboul avec son amoureux afghan, Nazir.  Dès leur mariage, Helena devient Herra. Entre le grand-père progressiste, le beau-frère frustre et macho, sa nièce Roshangol, ado éprise de liberté, Herra jongle avec les paradoxes et les interdits qui pèsent sur les femmes. Stérile, le couple adopte Maad, un enfant de 12 ans. Cet être mystérieux sera du côté d’Herra pour éviter à Roshangol un mariage forcé. La douceur de ce récit réaliste est servie par une animation aux teintes pastels et ocres aux envolées lyriques. Prix du Jury, Festival international du film d’animation d’Annecy, 2021.

Ma Famille afghane, Michaela Pavlátovà, Rép. Tchèque, 2022. Aux cinémas dès le 27 avril.

 

 

4

 

L’euphorie invasive d’un père

Pour Amine, 8 ans, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. À tout instant, son artiste-peintre de père, Damien, peut jaillir, même dans sa classe en voulant distribuer des pâtisseries à tous·tes les élèves et les emmener au lac. Comme ça, sur un coup de tête. La mère, restauratrice de meubles anciens, n’en peut plus de jouer à l’infirmière avec son mari bipolaire qui euphorise tout dans ses crises, du talent, de la générosité, de l’amour, du plaisir, de la révolte, de la fuite. Un film magnifique d’émotions et d’engagement les uns pour les autres. Damien Bonnard, Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah sont magistraux de justesse.

Les Intranquilles, Joachim Lafosse, Belgique, 2022. Aux cinémas dès le 11 mai.

 

 

5

 

Émancipation lycéenne versus traditions patriarcales

En Indonésie, les jeunes femmes peuvent conduire, danser, boire mais elles sont soumises aux pressions des familles qui arrangent leur mariage avec des dots aux montants très persuasifs. C’est le cas de Yuni, une lycéenne de 16 ans, déchirée entre son désir d’étudier à l’université et sa crainte de refuser une deuxième demande en mariage, synonyme de malheur pour elle selon les superstitions locales. Se mariera-t-elle avec son prof ou répondra-t-elle à l’amour simple d’un jeune lycéen féru de poésies ? Une délicate et douce immersion dans un univers rarement exposé sur nos écrans. Meilleur film, Toronto 2021.

Yuni, Kamila Andini, Indonésie, 2022. Aux cinémas dès le 18.05.2022.

 

 

2

 

Maïeutique du désir et de la mémoire

Juste avant le désormais film culte Drive my car, le cinéaste avait réalisé ces Contes du hasard et autres fantaisies (en version originale, Hasard et imagination), un régal de grâce et de jeu sensuel autour de la parole, du silence et de l’écoute. Ces trois courtes histoires aux titres énigmatiques, "Magie ?", "Porte ouverte", Encore une fois" abondent en rencontres vertigineuses où les coïncidences ou les lapsus tracent le destin des protagonistes.  Trois intrigues portées par un même gout du ludique, des personnages féminins et de l’audace scénaristique. Grand Prix du jury, Berlin 2021.

Wheel of fortune and Fantasy, Ryusuke Hamaguchi, Japon, 2022. Aux cinémas depuis le 13 avril.

 

 

3

 

"Les meilleures nouvelles sourdent des émotions de l’auteur"

Forte de cette citation de Patricia Highsmith, la cinéaste suisse s’est inspirée des cahiers intimes pour cette exploration intense et poignante dans l’univers d’une artiste hors norme. En un vibrant entrelacs de ces cahiers, de photos inédites, de témoignages de ses anciennes amoureuses et d’extraits d’adaptations filmiques de ses romans (L’Inconnu du Nord-Express, Carol, Le Talentueux Mr Ripley, L’Ami américain), la cinéaste révèle les paradoxes de la personnalité déroutante et non moins fascinante de celle qui avait quitté son Texas natal et bigot pour voyager en Europe avant de s’installer définitivement à Tegna au Tessin.

Loving Highsmith, Eva Vitija, Suisse, 2022. Aux cinémas depuis le 13 avril.

 

 

4

 

Une comédie norvégienne sur l’anti-maternité

Rakel, vingtenaire et urbaine, n’aime pas Abba, aime la bière et baiser et rien ne l’atteint. Elle se rêve astronaute, gouteuse de bière, globe-trotter, garde-forestière ou bédéiste (qu’elle est à ses heures perdues), mais en aucun cas ne veut être mère. Pourtant, le test de grossesse l’atteste : elle est bel et bien enceinte et de surcroit, de 6 mois passés. Avortement impossible. Un dialogue des plus crus va s’instaurer entre elle et son embryon de bébé qu’elle nomme Ninjababy, personnage en dessin animé truculent. Et aussi avec les pères supposés. Mos, le prof d’aïkido, "qui sent le beurre" ou Jésus-La Trique, un queutard invétéré ? À l’accouchement de Ninjababy, Rakel a toujours zéro envie de devenir mère…  Meilleure comédie, Prix du cinéma européen 2021.

Ninjababy, Yngvild Sve Flikke, Norvège, 2022. Aux cinémas depuis le 20 avril.

 

 

 

1

 

Portrait de mères détenues à Odessa

Colonie 74 est une prison pour femmes coupables de crimes passionnels. Iryna, la gardienne, lit leur courrier et caviarde certains passages avant de le transmettre aux détenues. Leysa vient d’accoucher et pendant quatorze jours ne pourra voir son enfant. Comme pour toutes les autres mères, elle ne pourra voir son enfant que deux heures par jour. À l’âge de trois ans, il pourra rester avec sa mère si le juge la place en liberté conditionnelle. Sinon, il sera remis à un proche de la mère ou placé en orphelinat. Tous les personnages du film jouent leur propre rôle. Sauf Leysa jouée par une actrice professionnelle. Une mise en scène âpre et non dénuée de tendresse pour cette fiction très proche du réel. Meilleur scénario, section Horizons Festival de Venise 2021.

107 Mothers, Péter Kerekes, Slovaquie, 2022. Aux cinémas depuis le 20 avril.

 

 

5

 

Un renvoi d’ascenseur nommé résilience

Années 80, Josef, un quadra plongé dans un alcoolisme sévère, est amené à partager son quotidien avec sa sœur et sa fille Nina, alors âgée de 3 ans. Nina et Josef entament alors une très belle relation, affectueuse et ludique. Mais les démons de Josef l’éloignent de sa nièce. Définitivement ? Grâce à Nina, Josef a réussi à se libérer de sa dépendance toxique. Des années plus tard, il apprend que Nina, échouée comme junkie dans le Dombass ukrainien en pleine guerre, a besoin d’aide. Josef, "le chevalier", honore sa promesse tenue trente-cinq ans plus tôt d’être toujours présent pour sa petite princesse.

Petite princesse, Peter Luisi, Suisse, 2022. Aux cinémas depuis le 27 avril.

 

 

6

 

Une méditation hallucinante sous terre

Années 1960, de jeunes spéléologues piémontais explorent en Calabre l’une des grottes les plus profondes au monde, à 700 m de profondeur. Le cinéaste italien reconstitue cette épopée dans le Pollino au sud des Appennins. Grâce à la vista du célèbre chef-opérateur Renato Berta, cette exploration des ténèbres s’entrecroise avec le regard d’un ermite bouvier du cru qui s’interroge sur le sens de cette intrusion dans ces entrailles mystérieuses. Filmer ces jeunes spéléos dans leur avancée méthodique à la seule lumière de leur lampe frontale, filmer la vie qui continue à la surface entre le cartographe qui esquisse le trajet de ses collègues et les mammifères surveillés par le berger. Ce film époustouflant explore davantage que la splendeur de l’abime de Bifurto, il atteint l’illumination de l’intime, de l’intérieur absolu. Prix spécial du jury, Venise 2021.

Il Buco, Michelangelo Frammartino, Italie, 2022. Aux cinémas depuis le 27 avril.

 

 

6

 

L’art de regarder avec compassion

Marco Bellocchio, probablement le plus grand des cinéastes actuels en Italie, convie frères et sœurs, petits-enfants à un déjeuner ce 16 décembre 2016 dans leur ville natale de Piacenza. Au-delà des retrouvailles, le réalisateur tente une auto-analyse systémique concernant la disparition tragique en décembre 1968 de son frère jumeau, Camillo, alors âgé de 29 ans. Raviver les souvenirs de leur enfance commune pour tenter de comprendre le complexe d’infériorité de Camillo vis-à-vis de ses trois frères et son passage à l’acte funeste. La caméra met en lumière des traces écrites ou filmées en Super 8, le déni généralisé, des secrets et souffrances de famille. Cette catharsis collective est passionnante car menée telle une enquête psychologique au plus intime de cette communauté familiale que Marco Bellochio décrit comme "un désert affectif où chacun survivait à sa manière". Le titre de ce film, Marx peut attendre, provient de la phrase désabusée de Camillo comme une demande d’aide alors que son frère Marco s’engageait dans les luttes estudiantines de l’époque. Autant d’épisodes que Marco Bellochio a mis en scène dans plusieurs de ses fictions et dont ce film égrène des extraits particulièrement révélateurs tels Les Poings dans les poches ou Le Sourire de ma mère. Ce qui fait dire à un prêtre jésuite que les films de Marco résonnaient comme un confessionnal. Ces moments clés du cinéma de Marco Bellochio se croisent avec des images choisies de l’histoire contemporaine de l’Italie, du fascisme aux années 60. Un grand et poignant film qui éclaire sur le processus créatif d’un immense artiste. Film présenté à Cannes lors de la remise de la Palme d’or d’honneur à Marco Bellochio.

Marx peut attendre, Marco Bellochio, Italie, 2022. Aux cinémas depuis le 27 avril.

 

 

7

 

Un "400 coups" féminin sur les routes du Kosovo

Trois jeunes femmes, Li, Qe et Jeta trainent leur ennui dans une bourgade du Kosovo et attendent soit leur admission à l’université, soit ces visas "de merde" pour s’envoler loin de cette prison à devenir folles. Elles n’ont d’autre choix que voir plus grand. Les Lionnes de la colline rugissent ensemble et écument de leur rage de vivre dans ces terres dominées par le patriarcat et l’ignorance. Un désir irrésistible d’émancipation juvénile et féminine mis en scène avec chaleur et sans fioritures par l’actrice franco-kosovare Luàna Bajrami (César du meilleur espoir féminin pour Portrait de la jeune fille en feu) qui signe ici un premier long-métrage détonant. Meilleures actrices, Festival de Sarajevo 2021.

La Colline où rugissent les lionnes, Luàna Bajrami, Kosovo, 2022. Aux cinémas dès 4 mai.

 

 

8

 

L’enfance de l’art selon Mix & Remix

Avec ce portrait de Philippe Becquelin, alias Mix & Remix, c’est l’instantané de la génération romande des années 80, de l’Hebdo à Couleurs 3, des fanzines rock au mag comme Vibrations dans lesquels le dessinateur avait révélé puis confirmé tout son talent et son humour dévastateur. Son pseudo vient de l’époque où il crée des peintures en duo avec son épouse Dominique. Frédéric Pajak, son complice de toujours et dernier éditeur de ses ouvrages, réunit dans ce beau film-hommage des archives filmées, photos, entretiens avec Mix & Remix, ses proches, des dessinateurs tels Delfeil de Ton, Poussin et bien sûr les œuvres de Philippe. L’aventure sensible d’un anartiste sans Dieu ni Maitre !

L’Ami, portrait de Mix et Remix, Frédéric Pajak, Suisse, 2022. Aux cinémas dès le 04.05.2022.

 

 

 

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