Plein écran - 3/2022

Plein écran

Éclatantes leçons d’humanité

 

Invitations offertes !

10 invit' offertes respectivement pour  Le Temps des secrets (Pathé-Films), À Chiara, Voisins, En Corps, Hive (Frenetic-films), Vanille, Le Genou d’Ahed (Outside-the-box) et 5 invitations pour Wet Sand (Sister-Distribution), Nobody has to know (Frenetic-Films), Vous ne désirez que moi (Adok-Films), L’Histoire de ma femme (Film Coopi) .

Expédier nom, prénom et adresse postale à secretariat@revue-educateur.net en indiquant l’objet du désir.

 

 

1

 

Un conte initiatique créole et féminin

Vanille est une préado parisienne qui aimerait échanger sa coupe afro contre des cheveux soigneusement lisses et son séjour dans la Guadeloupe maternelle contre des sports d’hiver. La voici devenue héroïne malgré elle pour sauver sa tante et ses amies victimes d’une étrange maladie qui atteint leurs magnifiques chevelures. Précédé de quatre autres courts films pleins de douceur. Vanille, Guillaume Lorin, 2022, Suisse. Aux cinémas dès le 6 avril.

 

 

2

 

Une émancipation pleine d’enfance

Tourné dans la même bastide des adaptations d’Yves Robert (La Gloire de mon père et Le Château de ma mère), ce troisième tome des Souvenirs d’enfance de Pagnol brosse avec sensibilité ce tableau d’enfants des villes et d’enfants des champs début XXe siècle. L’école républicaine, la séparation Église/État et le début du féminisme émaillent cette aventure des premiers émois et secrets. Le Temps des secrets, Christophe Barratier, France, 2022. Aux cinémas depuis le 23 mars.

 

 

3

 

Un enfant kurde colorie l’absurdité du monde

1980, première année d’école pour Sero, 6 ans. La frontière proche turco-syrienne sépare les Kurdes depuis plus d’un siècle. Son instituteur, un membre du parti Baas de Hafiz Assad, interdit de parler kurde en classe et bourre le crâne des élèves de haine antisémite. Alors que Sero file la parfaite amitié avec ses voisins juifs. Sero espère l’arrivée rapide de l’électricité pour voir des dessins animés à la télé. En attendant, il colorie ses joies, ses peines et ses facéties. Voisins, Mano Khalil, Suisse, 2022. Aux cinémas dès le 20 avril.

 

 

4

 

Une ado conquiert sa liberté de haute lutte

Troisième volet d’un triptyque (après Mediterranea et A Ciambra) consacré à la survie des Roms, des réfugiés africains et des locaux à Gioia Tauro en Calabre, A Chiara se focalise sur une famille du cru, plus précisément sur une ado de 15 ans, Chiara, très attachée à son père Claudio. Après l’anniversaire de sa sœur, la voiture paternelle explose dans la rue et commence alors la cavale de Claudio. Une caméra immersive suit Chiara face aux patriarcats mafieux. A Chiara, Jonas Carpignano, Italie, 2022. Aux cinémas dès le 13 avril.

 

 

 

10

 

Élise renait à la vie par la danse contemporaine

La jeune danseuse étoile Élise se déchire la cheville en plein spectacle à l’Opéra de Paris. Une chute et ces années de passion et de sacrifice depuis l’âge de 4 ans balayées à jamais ? Pour Élise, la danse classique c’est le rêve, la légèreté et la danse contemporaine la quête de la lumière en plus tribale. Elle rejoint la troupe de Hofesh Shechter, chorégraphe renommé qui joue ici son propre rôle. Une reconstruction lumineuse pour Élise. En Corps, Cédric Klapish, France, 2022. Aux cinémas dès le 30 mars.

 

 

 

8

 

L’amour subversif de deux quinquas

L’ile de Lewis (archipel des Hébrides), vibre au diapason de l’eau, de l’air et de la terre. Cette petite ile  au nord de l’Écosse est le personnage central du nouveau film du réalisateur belge Bouli Lanners.  C’est sur cette terre de landes, de plages somptueuses et de lochs d’eau douce, tourmentés par les vents océaniques, qu’il a créé cette ardente histoire d’amour doublé d’un portrait de femme saisissant. À l’image de l’ile, austère et recélant une beauté mystérieuse et authentique. Millie, célibataire endurcie, jette son dévolu sur Phil, un quinqua taiseux qui surmonte son amnésie temporaire suite à un AVC. Au sein de cette communauté presbytérienne, se frôler amoureusement la main revient à remporter une bataille contre la honte … Une romance rebelle que transportent les sons envoutants des Soulsavers et de groupes locaux de folk celtique. Meilleur acteur (Bouli Lanners) et meilleure actrice (Michelle Fairley), Festival de Chicago 2021 ; Grand Prix du jury, Festival de la Roche-sur-Yon 2021. L’Ombre d’un mensonge, Bouli Lanners, France, 2022. Aux cinémas depuis le 23 mars.

 

 

 

9

 

Déconstruire le patriarcat

1920, Jakob Störr est un capitaine au long cours qui sait vite prendre les bonnes décisions sur son cargo en pleine mer. Savoir contrôler l’incontrôlable serait son mantra, son message comme salut de bienvenue à l’enfant qu’il aurait. Sur la terre ferme, cet homme méthodique et puissant devient vulnérable et maladroit. Mis au défi par un ami, Jakob décide d’épouser la première femme qui franchira la porte du café où il se trouve assis. Lizzy (Léa Seydoux) entre et accepte la demande en mariage de Jakob … À Paris, d’où vient Lizzy, Jakob est perdu dans cet univers luxuriant, animé et complexe, à l’image de son épouse, cultivée et mondaine. Cette libre adaptation du roman éponyme de Milán Füst, est servie par une élégante mise en scène qui sublime avec nuance cette confrontation d’univers et de regards si éloignés et pourtant si semblables. L’Histoire de ma femme, Ildikó Enyedi, Hongrie, 2022. Aux cinémas dès le 30 mars.

 

 

5

 

"Suivre ses putains de rêves"

Dans un village de pêcheurs en Géorgie, le Wet Sand est un bistro avec terrasse à même la plage, tenu par Amnon, un patron taiseux, et Fleshka, son assistante. Et les vagues de la Mer Noire qui montent et se retirent inlassablement. À l’instar des ragots des rares clients du Wet Sand. Aujourd’hui, c’est leur voisin, Eliko, un élégant sexagénaire qui s’est toujours tenu à l’écart, que l’on a retrouvé pendu chez lui. Moe, sa petite-fille, revient de la capitale Tbilissi pour organiser les funérailles. Elle doit affronter les rumeurs, les rejets, les bigoteries de ses voisins et surtout l’amour secret de son aïeul.  Avec ce second film, la cinéaste genevoise d’origine géorgienne Elena Naveriani raconte librement son pays en portant un regard sensible sur ceux que la société invisibilise à escient. Un récit d’émancipation où s’entrelacent mélancolie du quotidien et douceur de cette vue entre ciel et mer. Au milieu, l’horizon avec comme en miroir le Wet Sand, lieu utopique des amours universelles. Meilleur acteur, Locarno 2021; Prix de Soleure 2022. Wet sand, Elene Naveriani, Suisse, 2022. Aux cinémas dès le 30 mars.

 

 

6

 

Un désir sublime, forcément sublime, selon Duras

Ce 2 décembre 1982, Un homme lové sur un sofa écoute, songeur, Capri c’est fini de Hervé Vilard. Il se penche à la fenêtre et semble attiré par le vide mais l’entrée d’une femme dans le jardin capte son regard. Lui, c’est Yann Lemée, amant depuis deux ans de Marguerite Duras, de 38 ans son ainée. Elle, c’est Michèle Manceaux, écrivaine et  grand reporter à Marie Claire. Quelques semaines auparavant, Yann s’était confié à Michèle à propos de sa pulsion suicidaire. De là est née cette idée de deux entretiens enregistrés par Michèle. Et recréés en plans-séquences par la réalisatrice Claire Simon comme pour les restituer dans leur temps réel. Un face à face hypnotique autour de cette relation d’amour absolu. Yann (joué par Swann Arlaud) livre une parole rare, celle d’un homme vulnérable qui éprouve fascination et soumission passionnelles tout en étant construit par cet amour brulant. A travers Les yeux de Michèle (Emmanuelle Devos) qui l’écoute et le relance, on découvre l’étrange acceptation de Yann qui consent, selon les propres termes de Duras, à être "dé-créé" pour être "re-créé" par sa mentor. Des images d’archives du film Agathe donnent à voir la cinéaste Duras qui dirige Yann dans une forme extrême d’intransigeance. On se demande si Duras n’avait pas désiré expérimenter les sensations de domination sur son jeune partenaire. Inverser les rôles traditionnels et fabriquer l’homme de son rêve au point de nier l’homosexualité de Yann, parfaitement assumée au demeurant.  Au point aussi d’oser le débaptiser et le renommer Yann Andréa. Une violence consentie au nom de l’écriture, du cinéma, de la création. Une sorte de transe littéraire partagée. Swann Arlaud incarne avec force subtilité cette sidération amoureuse mêlée à une détestation de lui-même. Une mise en scène sobre, douce et chaleureuse, où l’écoute est aussi importante que la parole, où Michèle se fait son cinéma intérieur en découvrant la troublante intimité de Yann. Quasi absente à l’écran, Duras affirme sa puissance en hors-champ et dans chaque mot de Yann. Deux ans après ces entretiens de Yann, Duras écrivait L’Amant, sa propre histoire d’amour alors adolescente, un succès mondial. Vous ne désirez que moi, Claire Simon, France, 2022. Aux cinémas dès le 30 mars.

 

 

 

7

 

Défier le patriarcat

Fahrije élève seule ses deux enfants et s’occupe de son beau-père invalide. Son mari est l’un des 241 disparus depuis 1999 de leur village Krusha au Kosovo. Avec pour seule ressource quelques ruches, Fahrije est dans l’obligation de se réinventer. Malgré les commérages et les préjugés patriarcaux tenaces, elle va prendre des cours de conduite. Un discret sourire de triomphe ensoleille son visage quand elle prend le volant d’un véhicule déglingué prêté par le groupe des mères et veuves de Krusha. Fahrije compte produire la spécialité régionale, l’ajvar, un caviar de poivrons rouges. Plusieurs femmes mettent la main à la pâte et leur production d’ajvar est désormais en vente au supermarché local. Cette histoire vraie met en scène la détermination implacable d’une femme et de ses sœurs d’infortune, toutes incarnées par des actrices renommées au Kosovo. Prix du public, Prix de la réalisation et Grand Prix du Jury, Sundance Festival 2021. Hiv, Blerta Basholli, Kosovo/Suisse, 2022. Aux cinémas dès le 6 avril.

 

 

 

8

 

Un artiste attachant et révolté

C’est le triple combat d’un cinéaste israélien, Nadav Lapid, transfiguré par le protagoniste nommé Y. dans  Le Genou d’Ahed. Y. est l’alter ego de Lapid.

Premier de ces combats, magnifier le genou d’Ahed Tamimi, une adolescente palestinienne de Cisjordanie. Elle s’était opposée à un groupe de soldats israéliens et avait giflé l’un d’eux du haut de ses 16 ans.  En écopant de neuf mois de prison, Ahed devint une héroïne pour les siens et dans les médias. Smotrich, député d’extrême-droite de la Knesset, avait appelé sur Twitter à tirer sur son genou afin de l’assigner à résidence à vie. Le prologue de ce film donne à voir l’audition des interprètes pour ces rôles d’Ahed et du député. Chez Lapid, le style est essentiel et ses sept premières minutes offrent un avant-gout de la puissance visuelle et musicale du film.

Le deuxième combat de Lapid n’est pas moins politique. Il reprend un fait réellement vécu en juin 2018 quand il fut invité par Yahalom David, directrice-adjointe au ministère de la culture, à présenter l’un de ses précédents films, L’Institutrice, à Sapir, en plein désert de La Arava, au sud-est d’Israël. Durant la projection du film, Y./Lapid emmène Yahalom dans le désert tout proche. En une chorégraphie endiablée de cadrages et décadrages, il éructe, débagoule, vomit des tréfonds de son être sur "cet État juif, raciste, abject et nationaliste" qui déteste l’art et la beauté humaine. Yahalom, bouleversée, fait sienne cette diatribe contre le gouvernement israélien. Y./Lapid enregistre à son insu l’approbation de Yahalom et compte l’expédier à la presse. Yahalom est proche de l’abime. Mais l’émerveillement de la nuit aura une vertu cathartique des plus surprenantes.

Le troisième combat que Lapid exalte dans ce film n’est autre que le deuil de sa mère, Era Lapid. Dans le film, Y./Lapid envoie à sa mère agonisante des vidéos poétiques du désert avec des commentaires tendres et affectueux. Era fut la monteuse de tous ses films. Y./Lapid se jette à corps perdu contre la liberté mourante de son pays et contre la mort de sa mère. Comme le disait Era, "à la fin, c’est la géographique qui gagne". Selon elle, Israël est un pays sans futur.

Pour le signifier, Lapid puise dans un langage cinématographique des plus inventifs et démesurés,  dans un malström d’émotions contraires, de la plus triviale à la plus radicale, de la plus sensuelle à la plus abrasive. Lors de cette journée de saturation chromatique et mentale parmi ces deux femmes, Y./Lapid entonne un hymne à la vie, au soleil, aux corps qui dansent sur Vanessa Paradis période Lenny Kravitz (Be my baby) ou sur Bill Withers (Lovely day).  Un hymne qui déborde d’une beauté visuelle étrange, sarcastique et salutaire. Prix du Jury, Cannes 2021. Le Genou d’Ahed, Navad Lapid, Israël, 2022. Aux cinémas dès le 13 avril.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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