Pour une école qui ose ralentir

L’école publique est sans cesse sollicitée pour tout faire, tout évaluer et tout produire, il est essentiel de prendre un temps de réflexion. Une pause réflexive bienvenue en proposant une vision alternative, celle d’une slow school, capable de redonner du sens aux apprentissages et de former des citoyen·nes critiques et responsables.

Il parait que tout doit aller vite : les réformes, les apprentissages, les évaluations, les élèves eux-mêmes. L’école, dit-on, doit « s’adapter au monde qui change ». Mais à force de courir après la société de la performance, ne sommes-nous pas en train de perdre ce qui faisait le sens même de l’école : apprendre à penser, à comprendre, à construire du commun ?

Alain Pache, vice-président de la SSRE 1, dans un récent article du Temps, propose une idée subversive : ralentir ! Revenir à une école qui ne confond pas efficacité et précipitation, qui redonne de la valeur au temps long de la réflexion, de la curiosité et du dialogue. Une slow school, en somme, qui formerait des citoyen·nes capables de juger, de débattre et de rêver, plutôt que de simplement cocher des cases.

Mais soyons honnêtes : comment parler de lenteur quand les enseignant·es doivent courir après les heures, les programmes, les formulaires et les évaluations en tous genres ? Comment construire du sens quand la recherche en éducation est réduite à la portion congrue et que les budgets fondent plus vite qu’un glacier en été ?

Cette course folle a des conséquences concrètes : des élèves en difficultés, des savoirs déconnectés de la réali-
té, des enseignant·es fatigué·es. Pourtant, de nombreux·ses collègues s’efforcent de réinventer l’école chaque jour, de montrer que le savoir peut être vivant, utile et porteur de sens. Ils et elles méritent des conditions dignes, un cadre qui valorise la créativité et l’expérimentation, et le soutien d’une politique qui place la qualité de l’enseignement au cœur de ses priorités.

La lenteur, ici, n’est pas un luxe — c’est une résistance. Une résistance à l’urgence, à l’évaluation obsessionnelle et à la compétition. Une résistance qui dit : il est possible de former des citoyen·nes éclairé·es, capables de penser par eux-mêmes. Une résistance qui rappelle que le rôle de l’école publique n’est pas de produire des chiffres, mais des humain·es.

Alors osons la provocation : si la société veut des citoyen·nes critiques, solidaires et lucides, elle doit accepter que l’école prenne son temps. Redonnons aux enseignant·es, aux élèves et aux savoirs le temps de respirer. Redonnons à l’école le temps de penser l’avenir, pas seulement de le subir.

David Rey, président du SER

1 Société suisse pour la recherche en éducation