TREE (Transitions de l'école à l'emploi)
Première et unique recherche en Suisse à étudier les transitions, TREE a choisi un échantillon comprenant environ 6'000 jeunes ayant participé à l'enquête PISA en 2000 et ayant terminé leur scolarité obligatoire cette même année. De 2001 à 2010, l'échantillon en question a participé à huit volets d'enquête en trois phases. Dans le cadre d'une quatrième phase, il est prévu de réaliser un volet d'enquête ultérieur, le 9e, à un moment où l'échantillon aura atteint un âge moyen de 30 ans.
Le rapport 2014 fait état de grosses différences entre Suisse alémanique et Suisse romande.
(Extraits du rapport 2014)
La Figure 4 révèle des différences considérables entre les régions linguistiques en matière de diplômes obtenus: la part des personnes sans diplôme post-obligatoire est sensiblement inférieure en Suisse alémanique et au Tessin (6-8%) à celle de la Suisse romande (près de 16%). Les certificats de formation professionnelle initiale (principalement CFC) sont tendanciellement plus répandus en Suisse alémanique (près de 52%) qu’en Suisse romande (près de 45%). Les diplômes de niveau tertiaire B sont deux fois plus fréquents dans la partie germanophone (près de 14%) que dans la partie francophone (près de 7%). Par contre, on ne constate aucune différence entre les régions linguistiques en ce qui concerne les diplômes des hautes écoles (tertiaire A).
En tenant compte du statut de formation en 2010 et en admettant que les formations en cours à ce moment seront achevées avec succès, la part de jeunes au bénéfice de diplômes tertiaires devrait s’accroître dans les trois régions linguistiques. Corrélativement, la proportion de jeunes ne disposant que d’un diplôme du degré secondaire II devrait baisser. La part de jeunes sans diplôme post-obligatoire devrait rester identique. Les disparités constatées entre régions linguistiques devraient donc perdurer.
Comment expliquer le fait que, en Suisse romande, près du double des jeunes adultes (16%) restent sans diplôme post-obligatoire par rapport aux autres régions linguistiques (6 à 8%)? Un facteur essentiel devrait être constitué par les structures d’exigence et d’opportunité du système de formation romand. D’une part, le niveau d’exigence des filières de formation secondaire II y est sensiblement supérieur, en moyenne, à celui de la Suisse alémanique. Ainsi, TREE a déjà montré en 2003 (OFS, 2003, p. 38) que les taux de participation aux filières de formation générale du secondaire II (gymnase et autres) en Suisse romande étaient pratiquement le double de ceux de la Suisse alémanique (37 contre 21%). D’autre part, la part des filières de formation à exigences plus modestes – ouvertes aux jeunes dont les performances scolaires sont faibles – n’est que la bonne moitié de celle constatée dans la partie germanophone de la Suisse (11% contre 19%).
Il faut ajouter que les aspirations et les préférences de formation diffèrent entre les régions linguistiques. Les normes de formation romandes, fortement orientées vers celles de la France, privilégient de manière marquante les filières de formation générale et académique, la formation professionnelle étant considérée par beaucoup comme un second choix, moins attractif (p.ex. Geser, 2003). Tous ces facteurs débouchent sur une caractéristique des parcours de transition entre les niveaux secondaires I et II décrite en Suisse romande (et surtout dans le canton de Genève) comme une « (ré-)orientation par l'échec ». Cette tendance est favorisée par une organisation des degrés secondaires I et II privilégiant le choix d’une filière de formation aux exigences (scolaires) aussi élevées que possible pour se réorienter ensuite vers un niveau d’exigences moins élevé lorsque les prestations ne suffisent pas au maintien dans le premier niveau choisi. Cela débouche sur des discontinuités considérables dans le déroulement de la formation qui, comme l’indiquent également les résultats de TREE, augmentent à leur tour le risque de rester sans diplôme de formation post-obligatoire.